Pour Rob Pardo, l’industrie AAA fait fausse route en sacrifiant les équipes derrière ses succès. L’ancien directeur de la création de Blizzard alerte sur un modèle devenu de plus en plus fragile qui pourrait détériorer l’expérience des joueurs.
Qui est Rob Pardo ?
Rob Pardo est loin d’être un inconnu dans l’industrie du jeu vidéo. Il a passé près de 17 ans chez Blizzard, où il a notamment participé au développement de StarCraft, Warcraft III et World of Warcraft. Il a également occupé le poste de directeur créatif avant de quitter l’entreprise en 2014.
Son parcours lui donne forcément un regard particulier sur le fonctionnement des grosses productions. Il a connu Blizzard à une époque où le studio enchaînait certains de ses plus grands succès.
En 2016, il fonde Bonfire Studios avec plusieurs anciens de Blizzard. Le studio travaille aujourd’hui sur Arkheron, un projet multijoueur qui s’inscrit dans une philosophie assez différente de celle des productions AAA traditionnelles.
Pour Rob Pardo, l’industrie AAA fait fausse route
Personnellement, je pense que l’équipe de développement a plus de valeur que le jeu lui-même
Rob Pardo lors de la keynote au GDC Festival of Gaming
Lors de sa keynote au GDC Festival of Gaming, Rob Pardo revient sur un paradoxe de plus en plus visible dans l’industrie. Les studios cherchent à produire des jeux toujours plus travaillés, capables de durer dans le temps, tout en fragilisant les équipes qui les ont créés.
Selon lui, une équipe qui parvient à concevoir un grand jeu accumule quelque chose de difficilement remplaçable : l’expérience commune, la méthode de travail et la compréhension du projet. Il insiste surtout sur l’alchimie qui ne peut pas simplement être recréée en recrutant de nouvelles personnes. Ce sont d’ailleurs des propos qui sont similaires à ceux de Chris Hays concernant la gouvernance de Xbox.
Rob Pardo affirme que l’équipe derrière un jeu peut avoir davantage de valeur que le jeu lui-même.
Une manière assez directe de rappeler qu’un succès ne repose pas uniquement sur une licence, un budget ou une technologie. Les personnes qui ont réussi à transformer une idée en expérience capable de convaincre les joueurs ont, aussi, leurs importances dans le succès.

Le problème soulevé par Rob Pardo ne concerne donc pas uniquement les développeurs. À force de démanteler des équipes expérimentées, les studios prennent aussi le risque de perdre ce qui faisait la qualité de leurs productions, mais aussi leur identité.
Une licence peut survivre sur le papier… Mais sans pour autant retrouver la même cohésion, la même vision créative ou simplement répondre aux attentes des joueurs. Cette analyse peut expliquer pourquoi deux épisodes d’une même licence peuvent recevoir des critiques totalement opposées.
Autrement dit, une licence ou une IP n’est pas, à elle seule, une garantie de qualité.
Le droit à l’erreur
Les inquiétudes de Rob Pardo ne sortent pas de nulle part. En effet, selon le rapport State of the Game Industry 2026 de la GDC, réalisé à partir des réponses de plus de 2 300 professionnels du secteur, 28% des professionnels interrogés disent avoir subi un licenciement au cours des deux dernières années.
L’ancien directeur créatif rappelle que les grands jeux sont rarement réalisés à la perfection dès le premier essai. Il explique qu’il y a tout un processus d’erreurs et de tests, et parfois même de projets abandonnés, avant de pouvoir aboutir à une bonne expérience.
En renouvelant constamment les équipes, ce processus vient en quelque sorte à se réinitialiser, faisant perdre une partie des connaissances et de l’expérience accumulées au cours de ces différents essais. Une raison supplémentaire pour laquelle la valeur d’une équipe ne peut pas uniquement se mesurer au coût de ses salariés.
Que doit-on en conclure ?
Plutôt que de longues phrases, prenons un exemple pour illustrer les propos de Rob Pardo. Une boulangerie peut vous avoir habitué à des baguettes délicieuses, toujours cuites à la perfection, et c’est justement pour cela que vous la considérez comme la meilleure.
L’entreprise change ensuite de boulanger ou de boulangère. Cette personne n’a pas les mêmes méthodes ni la même manière de travailler. C’est pourtant toujours une baguette, vendue dans la même boulangerie, mais sans le savoir-faire qui vous avait fidélisé.
C’est précisément pour ça que les développeurs ont une importance cruciale dans les jeux vidéo. Ils apportent leur touche, leur créativité, leurs interrogations qui finissent par construire un véritable savoir-faire.
Ce n’est pas un tableau Excel financier qui rend un jeu marquant.
Une licence peut-elle conserver son identité lorsque les équipes qui l’ont construite disparaissent ?

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